Métier passion : paludier

Publié le par Jacinte

Être en contact direct avec la nature, en symbiose avec les éléments, se sentir libre... telles sont les motivations de Joël, paludier, quand il se lance dans ce beau et difficile métier il y a une trentaine d'années. A 17 ans il commence les saisons dans les marais-salants de la Presqu’île Guérandaise, rouler le gros sel, cueillir la fleur de sel, c’est pour lui la découverte de ce métier physique et en osmose avec la nature.

C’est plus tard, à 34 ans, qu’il se lance vraiment dans l’aventure du sel. Il travaille maintenant, en indépendant, sur une soixantaine d’œillets. Un système ancien, le fermage, lui permet de louer des oeillets, d’en assurer l’entretien jusqu’à la récolte qu’il partage en partie avec le propriétaire du marais.

Une année de travail pour quelques mois de récolte, le travail du paludier, s’il fait rêver certains avides de liberté, est loin d’être de tout repos !

Cela commence dès janvier-février par la remise en état du marais. Le défrichage, la réfection du talus, le curage des vasières et des gobiers, tout cela se fait soit individuellement, soit en équipe. En effet certaines parties servant aux paludiers d’un même secteur,  ceux-ci nettoient en commun ces endroits, la solidarité n’est pas un vain mot dans la profession. Ils travaillent aussi en équipe lorsqu’il faut recharger le fond des œillets, rechausser. Durant les morts d'eau il faut aussi curer les bondes (le bout de l'étier).

La remise en état du talus se fait soit manuellement, à la pelle, soit mécaniquement. Dans ce dernier cas les paludiers le font en respectant les différentes couches du talus, afin de préserver au mieux faune et flore.

Au printemps il est temps de faire le curage du tour d'eau, vider la lotie, nettoyer les fars (pousser au talus et jeter à la boyette), refaire les ponts à la lousse. Puis c’est l’attente de la première salaison pour le nettoyage des œillets, le déchargeage de la vase au fond. Le paludier rajoute alors de l’eau, la dourée, celle-ci est forte en sel… la saison démarre !

Mai-Juin les beaux jours s’installent, et selon le bon vouloir de Dame Météo, la récolte peut commencer. Celle-ci durera les mois d’été, parfois jusque tard dans la saison, en octobre, tout dépend des conditions météorologiques. Le travail du paludier est bel et bien en symbiose avec les éléments : "On met de l'eau, il pousse du sel. Quand le vent est fort, le soleil, la chaleur travaillent pour nous."

Durant ces journées, le paludier ne chôme pas : levé dès 6 h du matin pour la prise de gros sel, jusqu’en fin de matinée. C'est pendant la trêve du déjeuner et d’une sieste bienvenue, que se forme la fleur de sel, la belle, bien nommée et très appréciée pour ses qualités gustatives et sa teneur en oligo-éléments. En fin d’après-midi vient l’heure de la récolte, la cueillette peut commencer à l’aide de la lousse à fleur et se poursuit jusqu’au coucher du soleil.

Récolter le gros sel, le rouler à la brouette, le charger à la pelle sur le trémet pour former le mulon. Cueillir la fleur de sel, la faire sécher, la trier, l'ensacher. Puis vendre sa récolte sur les marchés, les foires, auprès des commerçants, exporter… (la vente se fait soit directement soit par l'intermédiaire d'un négociant). Telles sont les multiples tâches du paludier en saison.

Novembre-Décembre permettent de recharger les batteries, et sont ponctués de temps à autre par les marchés ou les foires. Joël a notamment eu l’occasion de participer à certains salons du vin ou de la gastronomie. Il fait partie d’une association « Le comptoir des paysans ».

Ce qui lui plait le plus dans ce métier de la nature : le contact avec les éléments, la faune, la flore. Observer les oiseaux est un de ses plus grands plaisirs : avocettes, aigrettes, hérons, spatules, courlis, bécasseaux, cygnes, martin-pêcheur... 

C’est un travail physiquement dur, les articulations souffrent mais le choix d’une vie en plein air et d’une certaine liberté  est à ce prix.

L'été 2026 restera gravé dans les mémoires par une fantastique récolte au prix d'un travail énorme à cause des canicules à répétition et de la sécheresse !

Quelques conseils, édités par Natura 2000, si vous avez envie de mieux connaître les marais dans le respect de ce milieu fragile et du travail du paludier :

  • Ne stationnez pas sur les chemins d’accès et évitez de traverser le marais en voiture en saison estivale.

  • Ne descendez pas sur la saline.

  • Ne prélevez pas et ne touchez pas le sel sur les tas, ne manipulez pas les outils du paludier.

  • Ne déposez pas d’ordures.

  • Ne jetez pas les mégots de cigarettes dans les salines et sur les tas de sel.

  • N’arrachez pas les plantes et ne cueillez pas de fleurs.

  • Ne dérangez pas les oiseaux.

  • Tenez les chiens en laisse.

  • Demandez aux paludiers l’autorisation de les filmer ou les photographier.

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